Celle qui s’est imposée à force d’humilité et de ténacité dans l’industrie du cinéma, a su gagner ses lettres de noblesse à Hollywood.
L’enfance difficile de Viola Davis
Viola Davis est née le 11 août 1965, à Saint Matthew en Caroline du Sud, dans la modeste ferme de sa grand-mère, qu’elle a rachetée en 2020. Sa mère, Mae Davis, travaillait en tant que femme de ménage et ouvrière, tandis que son père, Dan Davis, était entraîneur des chevaux.
Lorsqu’elle évoque son enfance avec ses cinq frères et soeurs, Viola Davis décrit “la grande pauvreté dans laquelle elle vivait”, évoquant la délinquance, le racisme et la misère. À NBC, en 2019, elle confiait avoir de bons souvenirs d’enfance, et d’autres plus difficiles, vivant dans un appartement infesté de rats. Un début de parcours compliqué, qui l’a menée à en faire une force et une source de motivation supplémentaire pour sa carrière.
Intéressée par le théâtre très tôt, elle commence à jouer chez elle avec ses soeurs. Au lycée, elle obtient une bourse pour étudier le théâtre à l’université de Rhode Island, dont elle sort diplômée en 1988.
Télévision, théâtre, puis cinéma
Bien qu’elle apparaisse dans des rôles secondaires dans des séries judiciaires, à la fin des années 90, Viola Davis veut avant tout se consacrer au théâtre. En 2001, elle obtient une première consécration, en remportant un Tony Award (prestigieuse récompense théâtrale américaine, ndlr) pour son rôle dans la pièce King Hedley II, d’August Wilson.
La comédienne fait ses débuts au cinéma grâce à Steven Soderbergh en 1998, dans Hors d’atteinte, aux côtés de George Clooney. Les rôles s’enchaînent dans les années 2000 (Traffic, Solaris, Loin du Paradis) grâce à Steven Soderbergh, toujours, Todd Haynes et Denzel Washington, entre autres, jusqu’à sa consécration dans le film La Couleur des sentiments en 2011, où elle joue le rôle d’Aibileen Clark, une domestique afro-américaine réservée.
Première actrice noire-américaine sacrée aux Emmy Awards
En 2014, elle fait sensation en remportant l’Emmy Award de la Meilleure actrice pour la série How to get away with a murder, dans laquelle elle incarne Annalise Keating, une avocate et professeure de droit renommée, redoutable et ambitieuse. À propos de cette récompense, Viola Davis avait alors déclaré : “La seule chose qui sépare les femmes de couleur de n’importe qui d’autre, ce sont les opportunités. On ne peut pas gagner un Emmy pour des rôles qui n’existent tout simplement pas”. Elle devient ainsi la première actrice noire sacrée dans cette catégorie.
La seule chose qui sépare les femmes de couleur de n’importe qui d’autre, ce sont les opportunités.
Trois ans plus tard, elle rafle deux prix prestigieux : un Golden Globe et un Oscar pour son second rôle dans Fences de Denzel Washington.Elle fera également partie, à deux reprises, du classement des “100 personnalités les plus influentes du monde” effectué par Time Magazine, en 2012 et 2017.
Et puisque que tout ce qu’elle touche se transforme en or, en 2019, elle est nommée aux Bafta dans la catégorie Meilleure actrice pour son rôle dans le film de Steeve McQueen, Les veuves.
En 2021, elle est nommée pour l’Oscar de la Meilleure actrice, grâce au film Le Blues de Ma Rainey, sorti en 2020 sur Netflix, dans lequel elle incarne la chanteuse de blues américaine, morte en 1939.
Viola Davis incarne Michelle Obama
Dans la première saison de la série produite par Shonda Rhimes, créatrice de Grey’s Anatomy, How to Get Away With Murder, l’actrice principale a joué une scène particulièrement marquante pour les membres de la communauté afro-américaine.
Assise devant son miroir, elle enlève sa perruque et se démaquille, retire ses faux cils. En apparence rien d’exceptionnel, si ce n’est que cette partie de la routine de beauté des femmes noires, le fait d’enlever sa perruque, n’avait jamais été représentée à l’écran. Diffusée sur une grande chaîne en première partie de soirée, cette scène réaliste et empreinte d’émotion, interroge sur le tabou qui entoure ces codes de beauté.
Quand je regarde la télé, je ne vois que des femmes parfaites et les téléspectatrices qui les contemplent se sentent minables.
“Quand je regarde la télé, je ne vois que des femmes parfaites. Si elles portent une perruque, elles dorment avec, se lavent avec, et ne quittent jamais leurs faux cils. Elles donnent l’impression d’être naturellement parfaites, et les téléspectatrices qui les contemplent se sentent minables. Je voulais qu’Annalise soit impeccable en apparences, féroce en public, mais qu’elle retire régulièrement ce masque, qu’elle se dépouille de tout artifice, et qu’elle apparaisse vulnérable dans son intimité” avait alors confié Viola Davis à Télérama, en 2015. C’est elle qui avait demandé à ce que cette scène soit écrite.
En avril 2022, Viola Davis est à l’affiche de The First Ladies sur Showtime, une série co-produite avec son mari Julius Tennon, retraçant l’histoire des Premières dames emblématiques des États-Unis depuis Eleanor Roosevelt. Et qui d’autre que l’actrice multi-récompensée pour incarner la fabuleuse Michelle Obama ?
Une femme engagée pour les droits civiques et les femmes
Fervente activiste pour le mouvement des droits civiques aux États-Unis, Viola Davis dénonçait en 2015 “le tabou qui ronge la société américaine” : “On ne veut pas entendre parler de la question raciale, tout le monde essaie d’ignorer cette vérité incontournable” expliquait-elle à l’Obs.
En 2018, elle a créé une série documentaire explorant les violences policières subies par la communauté afro-américaine, intitulée Two-Sides.
Si elle s’exprime régulièrement à ce sujet, et milite aussi contre les violences faite aux femmes et les inégalités salariales. En janvier 2018, un an après l’élection de Donald Trump, elle fait un discours vibrant à la Women’s March, la marche des femmes à Washington pour tenir tête au nouveau président misogyne et accusé de viols.
Mon témoignage est celui de quelqu’un agressé sexuellement à qui son enfance a été retirée.
“Je suis consciente qu’il y a des femmes qui restent silencieuses. Les femmes qui n’ont pas de visage. Les femmes qui n’ont pas d’argent, qui n’ont pas la constitution de leur côté, et qui n’ont pas la confiance, et à qui les médias ne renvoient pas un sentiment d’estime de soi assez fort pour briser le silence ancré dans la honte et la stigmatisation de l’agression” avait-elle déclaré,.
Elle ajoute : “Mon témoignage est celui de quelqu’un agressé sexuellement, à qui son enfance a été retirée. Et je sais que le traumatisme de ces événements est encore en moi aujourd’hui.”
En septembre 2018, l’actrice américaine prend également la parole pour dénoncer l’inégalité salariale entre les comédiennes selon leur couleur de peau, “les femmes hispaniques, les femmes asiatiques, les femmes noires ; nous sommes moins payées que les femmes caucasiennes”, a-t-elle pointé auprès de Variety.
La même année, Viola Davis s’agace d’être surnommée “la Meryl Streep noire”. Malgré ses multiples récompenses, et le fait qu’elle est l’une des actrices noires les plus reconnues, elle est à la traîne par rapport à des actrices blanches : “Ma carrière est comparable à celle de Meryl Streep, Julianne Moore, Sigourney Weaver. […] Et pourtant, je suis loin derrière elles, en termes d’argent et d’opportunités de rôles. Bien loin derrière”, déclare-t-elle lors d’une conférence.
Viola Davis et Julius Tennon
Si la comédienne reste plutôt discrète sur sa vie personnelle, on sait qu’elle est heureuse en amour et que celui-ci est solide.
Mariée depuis 2003 à l’acteur Julius Tennon, le couple a adopté en 2011 une fille prénommée Genesis.
Viola Davis et Julius Tennon ont fondé en 2012 leur société de production JuVee, qui s’est donné pour but d’offrir des opportunités pour la prochaine génération de cinéastes et d’artistes.
En novembre 2018, leur entreprise a signé un contrat exclusif avec Amazon Studios, pour produire des films.