À moins de vous être abstenus de réseaux sociaux ces dernières semaines, impossible d’échapper au nouveau carton de Netflix : Squid Game. Créée par le réalisateur sud-coréen Hwang Dong-hyuk, Squid Game est une série à suspense d’une violence inouïe, qu’on a pu comparer à Hunger Games ou Battle Royale pour ses parti-pris généreusement gore et pour la tension insoutenable qu’elle entretient. Mais la véritable raison de son succès, c’est son message, qui tombe à point nommé.
Dans la série, un groupe hétéroclite de Sud-Coréens – tous criblés de dettes – est convié sur une île isolée où une série de jeux leur sont proposés : le gagnant sortira multimillionnaire. Rapidement, les choses prennent une tournure plus sombre, en commençant par une terrifiante partie de 1, 2, 3, soleil. Critique acérée des inégalités et de l’exploitation économique dans la Corée d’aujourd’hui (et au-delà), Squid Game fera écho en vous longtemps après qu’aura sonné la fin de ces macabres concours et ce, grâce à la performance magistrale de ses acteurs.
Depuis la semaine dernière, la série est numéro 1 sur Netflix dans plus de 90 pays. “Elle n’est sortie que depuis neuf jours, mais il y a déjà de grandes chances que ce soit notre plus grand succès”, a déclaré Ted Sarandos, PDG de Netflix, qui ne précise pas que ce raz-de-marée n’a été déclenché que par le seul bouche à oreille. Alors, si vous ne l’avez pas encore vu, voici tout ce qu’il faut savoir sur Squid Game, de ses stars à ses meilleurs mèmes. Mais attention : il y a quelques spoilers.
Non, il n’y a pas de vrai calamar
Tout d’abord, clarifions ce qu’est ce “squid game”, jeu du calamar (qui n’implique aucun mollusque). C’était un jeu populaire parmi les petits Coréens du Sud dans les années 70 et 80. Comment s’intègre-t-il au milieu des challenges brutaux proposés par la série ? Les six jeux auxquels participent les personnages reprennent des classiques des cours de récréation coréennes. Certains, comme “Un, deux, trois, soleil” ou le tir à la corde, sont connus du public occidental. Le “squid game” est le dernier des six.
C’est gore, vraiment gore
L’esthétique gaie aux tons pastel des différents jeux pourrait laisser croire que la compétition est innocente, mais on comprend rapidement qu’il n’en est rien. Préparez-vous à enchaîner les meurtres et les tortures dès le premier épisode : coups de couteaux, fusillade, prélèvement d’organes vous retourneront l’estomac. Mais le plus traumatisant, c’est la cruauté et les trahisons que les concurrents s’infligent mutuellement. Tous ceux qui ont regardé l’épisode du jeu de billes confirmeront.
Ce sont les acteurs qui volent la vedette
Si les jeux offrent les séquences les plus palpitantes et les plus tendues de la série, ce sont les personnages hauts en couleurs – et magnifiquement interprétés – qui font le succès de Squid Game. Il y a Lee Jung-jae dans le rôle de Gi-hun, un garçon maladroit mais doté d’un grand cœur : c’est à travers ses yeux que nous voyons les autres participants. Soulignons les performances exceptionnelles de Park Hae-soo dans le rôle de Sang-woo, l’ami d’enfance de Gi-hun, et de Kim Joo-ryoung, incarnant une escroc imprévisible dont la relation avec un mafieux sèmera la pagaille dans le groupe. Mais la vraie star du show, c’est l’ancien mannequin Jung Ho-yeon, qui interprète une transfuge nord-coréenne espérant réunir assez d’argent pour sortir son frère d’un orphelinat. Vous ne nous croyez pas ? Depuis le lancement de la série sur Netflix, le nombre de followers Instagram de Jung Ho-yeon est passé de quelques centaines de milliers à plus de 13 millions. On n’a pas fini de la voir sur nos écrans.
Le message est universel (et politique)
Ce n’est pas seulement l’excitation que procure la série qui lui vaut cet engouement international, mais aussi ses thèmes universels, notamment sa critique implicite du capitalisme et sa réflexion sur le système de classes. Contrairement à d’autres thrillers dystopiques proposant des jeux mortels, ici, chaque participant est venu de son plein gré. Même après avoir assisté aux pires atrocités, la majorité des joueurs revient par pur désespoir, tant leur existence est dénuée d’autres perspectives que celle d’affronter ses dettes. La série arrive d’ailleurs à un moment où l’endettement des ménages atteint un niveau record non seulement en Corée mais aussi aux États-Unis, ce qui a des répercussions énormes sur la santé mentale de la population. “Nous sommes avant tout ici pour vous donner une chance”, affirment les méchants masqués qui supervisent les sanglantes sessions. Des propos qui font clairement écho à un certain égoïsme issu du néolibéralisme, avec lequel le public occidental est plus que familier.
Naturellement, les mèmes ont pullulé
Bien sûr, pour qu’une nouvelle série Netflix se répande comme une traînée de poudre, il faut un petit coup de pouce des réseaux sociaux ; les jeux de Squid Game se sont révélés être une excellente source de mèmes. Les internautes en ont recréé les passages les plus affreux, avec une petite dose d’humour. On a par exemple beaucoup vu le robot géant en forme de poupée qui supervise “Un, deux trois, soleil” (Vulture l’a même “interviewé” pour de faux), et on a beaucoup vu danser la poupée sur toutes les musiques possibles, d’Azealia Banks à “Green Light” de Beyoncé. Si vous voulez rire un peu après ce spectacle sanglant, on vous a concocté une petite sélection.