Cent cinquante-trois ans après l’abolition définitive de l’esclavage en France, le 27 avril 1848, une équipe de chercheurs du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) a mis en ligne, vendredi 7 mai, dans le cadre du projet « Repairs », une base de données détaillant les indemnités versées par l’Etat français aux propriétaires d’esclaves. Des informations qui permettent de mieux comprendre la société esclavagiste de l’époque et de retracer l’origine d’investissements qui ont donné naissance à des dynasties entrepreneuriales ou des entreprises qui existent encore aujourd’hui.
Contrairement aux idées reçues, les 10 000 propriétaires d’esclaves qui ont reçu à partir de 1849 des indemnités de 126 millions de francs or (1,3 % du revenu national, soit l’équivalent de 27 milliards d’euros d’aujourd’hui) n’étaient pas tous des colons blancs. « La loi d’abolition du 27 avril 1848 est à l’origine d’une confusion sémantique, explique Myriam Cottias, chercheuse au CNRS à la tête du projet de recherche “Repairs”. On peut y lire que les “colons”, c’est-à-dire des Blancs, doivent être indemnisés, alors que ce sont les propriétaires d’esclaves, dont certains sont de couleur, qui reçoivent les indemnités. »
AUX ETATS-UNIS, 40% DES PROPRIÉTAIRES D’ESCLAVES ÉTAIENT DES FEMMES
Selon une étude d’une professeure de l’Université de Californie les femmes du Sud des Etats-Unis ont joué un rôle majeur dans l’esclavage des Africains.
tephanie E. Jones-Rogers, professeure agrégée d’histoire à l’université, a analysé les données des recensements de 1850 et 1860 et a révélé que les femmes (blanches) constituaient environ 40% des propriétaires d’esclaves [1]. Mme Jones-Rogers a par la suite rassemblé ces informations dans un ouvrage intitulé “They Were Her Property: White Women as Slave Owners in the American South” [Elles étaient sa propriété: les femmes blanches propriétaires d’esclaves dans le sud des États-Unis», ndlr].
“une étude régionale basée sur le témoignage de personnes autrefois asservies qui ont radicalement transformé la compréhension actuelle des relations économiques des femmes blanches avec l’esclavage”.
L’universitaire a d’ailleurs déclaré à History.com :
“Ce que cela signifie, c’est que leur identité même en tant que femmes blanches du Sud est liée à la propriété réelle ou éventuelle d’autres personnes.” [2]
Son livre explique également que le fait de posséder des Africains réduits en esclavage était la principale source de richesse des Américaines. De plus, posséder un grand nombre d’esclaves aurait apparemment amélioré les chances de mariage des femmes. Stephanie E. Jones-Rogers précise de plus, qu’une fois mariées, ces femmes se battaient et obtenaient souvent le droit de continuer à être propriétaires d’Africains asservis, sans en céder la propriété à leur mari. Décidément, la barbarie ne semble pas avoir de sexe.