La France, jadis hyper influente dans les pays fait désormais face aux puissances rivales en l’occurrence la Chine et la Russie. Le jeu des acteurs peut-il saboter la cohésion entre les Nations de la sous-région tournées vers les forces extérieures distinctes ? Un géostratège analyse la situation.
La françafrique sur le point de s’effriter dans les États de l’Afrique centrale notamment le Cameroun et la Rca, présente une nouvelle configuration géostratégique opposant Paris en perte de vitesse sur le terrain, tandis que ses concurrents, Moscou et Pékin, prennent de l’ampleur. Entre les défis sécuritaires et économiques, la diplomatie des forces en présence dans les territoires courtisés, use de tous les moyens de la dissuasion pour ramener une ou plusieurs parties à épouser l’idée du conquérant. A titre illustratif, lors de la visite du président français Emmanuel Macron au Cameroun, le patron de l’Élysée va tenter de convaincre son homologue Paul Biya à condamner la Russie dans le conflit qui l’oppose à l’Ukraine. Il obtiendra de son interlocuteur une réponse
suffisamment expressive de ses engagements avec la Russie de Vladimir Poutine. ‘’Je ne vois pas en quoi la Russie constitue un danger pour le Cameroun’’, laissera entendre le chef d’État camerounais. L’on ne saurait envisager une telle réaction de la part des dirigeants tchadiens, gabonais, congolais, affidés de Paris et continuateurs de la françafrique. La Rca ne fait l’objet d’aucun doute sur la rupture de la collaboration avec la France. Faustin Archange Touadéra a renforcé sa coopération avec la Russie. Ce qui n’est pas du goût de Paris.
La différence dans les rapports entre les États de la sous-région et les
puissances étrangères diamétralement opposées dans la vision du monde et de l’Afrique peut-elle causer des fractions au sein de la communauté ? ‘’L’enjeu des uns et des autres c’est d’avoir un pied en Afrique centrale et de pouvoir peser dans les décisions qui pourront influencer la marche des États. La France perd progressivement son influence dans son pré carré d’hier par l’action des populations en général et des oppositions, des sociétés civiles en particulier, qui n’acceptent plus la mainmise de Paris dans la gestion de nos États. En réalité le mythe d’une France toute puissante est tombée’’. L’analyse
d’Aimé Mbounoung, chercheur et enseignant en sciences politiques de l’université de Yaoundé II Soa, met au clair les ambitions des protagonistes en mouvement dans la zone, mais aussi elle sert de compréhension sur le sentiment anti-français en progression. A la suite de sa réflexion, il met en accent particulier sur les discordances observées dans les pays de la sous-région. ‘’Il est difficile en Afrique centrale de fédérer les forces pour une coopération multipolaire dans le domaine de la monnaie, de la défense, de la diplomatie etc. Les relations entre les égoïstes que sont les chefs d’État ne peuvent que se passer de manière lâche. Pourtant il y
a une véritable coalition des Etats contre Boko Haram parce que le groupe présente une menace globale pour les pays de la sous-région. La diplomatie en Afrique centrale est celle des amis, les dirigeants se mettent ensemble par affinité pour résoudre des problèmes précis, il n’existe pas de vision concertée’’.
Malgré les discours et les rencontres entre les dirigeants de la sous-région en vue d’appliquer une vision globale en matière de libre circulation des biens et des personnes, de la mise en pratique du passeport commun pour les citoyens de la sous-région, ces mesures restent des promesses sur fond de suprématie et de
protectionnisme des uns et des autres.
Tchuisseu Lowé
Correspondant Nexfrica pour le Cameroun